24 novembre 2020

Comment lutter contre le paludisme et les moustiques ?

Qu’est-ce que le paludisme ?

Le paludisme, ou malaria, est une maladie infectieuse potentiellement mortelle provoquée par un parasite microscopique du genre Plasmodium. Il existe actuellement plus d’une centaine de pays et territoires où il y a un risque de transmission du paludisme. Ce parasite est transmis à l’homme via des piqûres de moustiques (Anopheles gambiae), qui piquent entre le coucher et le lever du soleil et qui ont été infectés par un homme impaludé. Seules les femelles piquent. Après la piqûre, les Plasmodium vont dans le foie de la personne via la circulation sanguine, où ils se multiplient. Les nouveaux micro-organismes produits s’attaquent ensuite aux globules rouges, ils se multiplient à nouveau. Les cellules sanguines explosent à cause de l’infection. Lorsqu’une personne malade est piquée, les parasites recolonisent le moustique qui peut à nouveau transmettre la maladie.

Une femme enceinte infectée peut aussi contaminer son enfant via le placenta. La contamination peut aussi se faire lors d’une greffe ou d’une transfusion sanguine. 

Il existe quatre espèces de plasmodium :  

Plasmodium falciparum : c’est le parasite le plus dangereux, le plus fréquent et responsable des cas mortels. Il est présent dans les zones tropicales d’Afrique, surtout, mais aussi en Amérique Latine et en Asie forestière.

Les autres plasmodium sont moins fréquents et responsables d’infections moins sévères : Plasmodium vivax (surtout présent en Asie du Sud-Est, en Amérique et en Afrique de l’Est), Plasmodium ovale (principalement en Afrique centrale et de l’Ouest, qui ne tue pas mais qui peut entraîner des rechutes 4 à 5 ans après la primo infection) et Plasmodium malariae, qui n’est pas meurtrier mais qui peut entraîner des rechutes jusqu’à 20 ans après la primo infection.

Quels sont les symptômes du paludisme ?

Au retour d’un voyage dans un pays tropical, divers symptômes peuvent apparaître tels que de la fièvre (un des premiers signes, environ 8 à 30 jours après l’infection), qui varie entre 38°C et 40°C, et qui va par la suite être en pics fébriles survenant tous les deux ou trois jours, des frissons, et peuvent s’accompagner, ou non, de maux de tête, de douleurs musculaires, d’un affaiblissement, de vomissements, de diarrhées, de toux.  L’apparition de ces symptômes nécessite une consultation rapide au service des urgences. Si besoin, un traitement antiparasitaire efficace pourra être mis en place rapidement. Seul le Plasmodium falciparum peut être fatal s’il n’est pas traité dans les temps.

Si au bout de 3 mois suivant une exposition possible, une fièvre survient chez un voyageur, cela est considéré comme une urgence médicale et doit faire l’objet d’une

investigation. Toute fièvre au retour d’un pays tropical doit être considérée a priori comme un paludisme jusqu’à preuve du contraire.

Il existe cependant des cas sévères tels que des troubles neurologiques, un coma, une anémie, des signes d’infection grave.

Les femmes enceintes, les enfants (en particulier ceux de moins de 5 ans, ils n’ont pas encore développé d’immunité face au parasite), les personnes âgées, sont très sensibles au paludisme : leur organisme est plus fragile. Il vaut donc mieux éviter de ne pas les emmener dans les zones où il existe un risque de transmission du paludisme à falciparum. Cependant, si le voyage ne peut pas être évité, il faudra les protéger très soigneusement contre les piqûres de moustique (voir « se protéger contre les moustiques ») et leur faire recevoir une chimioprophylaxie appropriée. Les personnes immunodéprimées sont aussi exposées à un risque accru de paludisme et il est très important pour eux d’éviter les piqûres de moustiques et de suivre une chimioprophylaxie.

Comment est diagnostiqué le paludisme ?

Lorsque divers symptômes (évoqués plus haut) apparaissent, le praticien peut rechercher la présence du parasite par un examen microscopique réalisé sur un prélèvement sanguin ou alors des tests de diagnostic rapides (TDR) existent aussi, qui visent à la détection de molécules produites par le parasite dans le sang, et ce avant administration d’un traitement. Un diagnostic précoce et exact du paludisme est capital pour une bonne prise en charge et une surveillance efficace de la maladie.

Comment se protéger contre les moustiques ?

Afin de se protéger du paludisme, la première ligne de défense est la protection contre les piqûres de moustiques entre le coucher et le lever du soleil. Il faut par exemple dormir sous une moustiquaire (en bon état et utilisée correctement), imprégnée d’insecticides (exemple perméthrine) et utiliser des vêtements légers eux aussi imprégnés d’insecticides couvrant les membres (manches longues, pantalons et chaussures fermées) ainsi que des répulsifs anti-moustiques sur les parties découvertes du corps. La durée de la protection varie de 2 à 5 heures : il faudra donc renouveler fréquemment les applications en fonction de la transpiration ou des douches. On peut se munir de moustiquaires déjà imprégnées en pharmacie ou dans les magasins d’articles de voyage, ou bien les imprégner soi-même avec des kits d’imprégnation disponibles également en pharmacie. La durée d’efficacité du produit est de 6 à 8 mois.

Les bracelets anti-insectes, les appareils sonores à ultrasons, les rubans, papiers et autocollants gluants sans insecticide, la vitamine B1, l’homéopathie, les raquettes électriques, sont inefficaces. Pour assurer une protection efficace dans les pièces climatisées, il faut utiliser un diffuseur électrique d’insecticide. A l’extérieur, on peut faire brûler des tortillons de pyrèthre.

La transmission du paludisme dépend aussi des conditions climatiques (humidité, température, niveau de précipitations) qui peuvent influer sur l’abondance et la survie des moustiques. Par exemple, dans certains pays, la transmission est plus fréquente à certaines saisons, notamment pendant ou juste après la saison des pluies.

Utiliser un traitement préventif : la chimioprophylaxie (prise de médicaments antipaludiques à visée préventive).

Il faut bien avoir conscience qu’aucune prophylaxie antipaludique n’assure une protection complète, mais qu’une bonne chimioprophylaxie réduit fortement le risque de maladie mortelle. Il faut toujours associer ce traitement à une protection efficace contre les moustiques.

Seul un médecin pourra prescrire le traitement préventif. Ce traitement tient compte de divers facteurs : les zones visitées (risque, existence ou non de résistance), de la durée du voyage, la saison (risque plus élevé durant la saison des pluies), l’altitude (le paludisme ne se trouve pratiquement pas au-dessus de 1500 m en Afrique et 2500 m en Amérique et en Asie), des modalités du séjour (conditions d’hébergement, séjour uniquement en zone urbaine ou touristique), ainsi que de l’âge de la personne, l’intolérance aux antipaludiques, une possible interaction médicamenteuse, des antécédents pathologiques, d’une grossesse.

Plusieurs molécules antipaludiques peuvent être utilisées en prophylaxie ou en thérapeutique. On peut utiliser par exemple la chloroquine ou la quinine. D’autres, comme la méfloquine, sont utilisées dans les régions où les parasites résistent à la chloroquine. La chimioprophylaxie vise principalement à prévenir le risque de paludisme à Plasmodium falciparum en Afrique, en Amérique et dans les forêts d’Asie.

Il faut bien respecter la posologie et la durée de la chimioprophylaxie. Celle-ci doit être commencée généralement avant le départ, puis suivie avec une stricte régularité pendant tout le séjour, et continuée après le retour (soit une à quatre semaines après). Il est important de respecter cette période de traitement pour ne pas souffrir d’une crise de paludisme à retardement. Les quantités prescrites par le médecin doivent être suffisantes pour toute la durée du voyage.
Pour les séjours de longue durée (plus de trois mois), la chimioprophylaxie doit être poursuivie le plus longtemps possible

Si on se retrouve éloigné des soins médicaux durant son séjour, par exemple au cœur d’une forêt, le médecin peut prescrire en amont, un traitement d’urgence dit « de réserve » à s’administrer en cas de suspicion de crise de paludisme.

Comme tous médicaments, il existe des contre-indications ou effets secondaires éventuels mais n’entravent pas les activités du voyageur. Il faut bien sûr se référer à la notice du médicament ou à son médecin.

Étant donné le nombre croissant de médicaments contrefaits que l’on peut trouver dans certains endroits, il est conseillé aux voyageurs d’acheter des médicaments antipaludiques auprès de sources sûres, de ne pas les acheter sur internet ou dans les pays à risque.

Attention ! Depuis quelques années, des compléments alimentaires ou des produits de phytothérapie à base d’extraits d’Artemisia annua sont vendus sur internet et sont soi-disant, préventifs, voire soigne le paludisme. Ces compléments alimentaires ne protègent PAS du paludisme et ne devront donc pas être utilisés.

Quels sont les pays et territoires où le paludisme est présent 

Dans certains d’entre eux, on ne rencontre la maladie que dans des zones en particulier ou jusqu’à une altitude déterminée. Dans de nombreux pays, le paludisme a un caractère saisonnier. (* = risque de P. vivax seulement)

  • Afghanistan
  • Afrique du Sud
  • Algérie*
  • Angola
  • Arabie saoudite
  • Argentine*
  • Azerbaïdjan*
  • Bangladesh
  • Belize
  • Bénin
  • Bhoutan
  • Bolivie (État plurinational de)
  • Botswana
  • Brésil
  • Burkina Faso
  • Burundi
  • Cabo Verde
  • Cambodge
  • Cameroun
  • Chine
  • Colombie
  • Comores
  • Congo
  • Costa Rica
  • Côte d’Ivoire
  • Djibouti
  • Égypte
  • El Salvador
  • Équateur
  • Érythrée
  • Éthiopie
  • Fédération de Russie*
  • Gabon
  • Gambie
  • Géorgie*
  • Ghana
  • Grèce*
  • Guatemala
  • Guinée
  • Guinée‐Bissau
  • Guinée équatoriale
  • Guyana
  • Guyane française
  • Haïti
  • Honduras
  • Îles Salomon
  • Inde
  • Indonésie
  • Iran (République islamique d’Iran)
  • Iraq*
  • Kenya
  • Kirghizistan*
  • Libéria
  • Madagascar
  • Malaisie
  • Malawi
  • Mali
  • Mauritanie
  • Mayotte
  • Mexique
  • Mozambique
  • Myanmar
  • Namibie
  • Népal
  • Nicaragua
  • Niger
  • Nigéria
  • Oman
  • Ouganda
  • Ouzbékistan*
  • Pakistan
  • Panama
  • Papouasie‐Nouvelle‐Guinée
  • Paraguay*
  • Pérou
  • Philippines
  • République arabe syrienne*
  • République centrafricaine
  • République de Corée*
  • République démocratique du Congo (précédemment Zaïre)
  • République démocratique populaire laos
  • République dominicaine
  • République populaire démocratique de Corée*
  • République‐Unie de Tanzanie
  • Rwanda
  • Sao Tomé‐et‐Principe
  • Sénégal
  • Sierra Leone
  • Somalie
  • Soudan
  • Sri Lanka
  • Sud Soudan
  • Suriname
  • Swaziland
  • Tadjikistan
  • Tchad
  • Thaïlande
  • Timor‐Leste
  • Togo
  • Turquie*
  • Vanuatu
  • Venezuela (République bolivarienne du Venezuela)
  • Viet Nam
  • Yémen
  • Zambie
  • Zimbabwe

Où en est-on dans la recherche d’un vaccin contre le paludisme ?

Plusieurs équipes de chercheurs travaillent à l’élaboration de vaccins mais aujourd’hui, aucun vaccin n’est disponible pour lutter contre le paludisme.

Le seul vaccin disponible aujourd’hui a une efficacité limitée contre les formes sévères de la maladie qu’il faut administrer en 4 doses, avec de longs intervalles, ce qui est quasi impossible sur le terrain. Seule la mise au point d’un vaccin plus efficace, facile d’utilisation et bon marché peut constituer une avancée sérieuse pour lutter contre cette maladie infectieuse.